Vaccination
Bordetella bronchiseptica:
Faut-il vacciner tous les chiens?
- Publié le 1er août 2026
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La maladie respiratoire infectieuse canine (MRIC) est causée par un complexe d’agents pathogènes viraux et bactériens. B. bronchiseptica, une bactérie, est l’agent pathogène le plus souvent isolé chez les chiens atteints d’une MRIC1.
Le rôle de B. bronchiseptica dans la maladie est de produire des exotoxines, protéines excrétées par la bactérie dans les voies respiratoires du chien, qui altèrent les cellules de l’hôte. Ces exotoxines inhibent la fonction ciliaire dans les voies respiratoires, ce qui permet l’accumulation excessive de mucus dans celles-ci. Ainsi, B. bronchiseptica a la capacité unique de favoriser la colonisation concomitante des voies respiratoires par d’autres agents pathogènes bactériens et viraux opportunistes2.
Tandis que d’autres bactéries et virus causent habituellement une maladie respiratoire mineure, la co-infection par B. bronchiseptica entraîne souvent une maladie clinique plus grave étant donné que B. bronchiseptica altère la fonction et l’intégrité des cellules des voies respiratoires1.
Alors que la vaccination par un vaccin mucosal multiantigénique2,3 est justifiée chez les chiens qui présentent un risque plus élevé d’infection (séjour dans un chenil ou un autre endroit où la population canine est nombreuse, parcs de chiens, expositions canines, etc.), l’administration d’un vaccin mucosal monovalent contre B. bronchiseptica chez les chiens qui présentent un risque moins élevé d’infection limitera le risque de co-infections respiratoires. Les lignes directrices les plus récentes en matière de vaccination canine3 recommandent la vaccination mucosale intranasale comme voie d'administration privilégiée pour obtenir la protection la plus large possible contre les agents pathogènes respiratoires.
La vaccination mucosale est-elle essentielle?
Étant donné que les anticorps maternels circulants ne sont pas présents dans les membranes muqueuses des jeunes chiots, ils n’interviennent pas dans la réponse immunitaire primaire. Par conséquent, l’administration de vaccins contre Bordetella par voie intranasale et orale ne nécessite qu’un seul vaccin dans la série initiale chez les chiots.
Les vaccins mucosaux stoppent l’excrétion parce qu’ils déclenchent une réponse immunitaire communiquant avec les membranes muqueuses qu’elle cible spécifiquement (voir l’explication plus bas). Les vaccins injectables contre Bordetella bronchiseptica NE freinent PAS l’excrétion parce qu’ils n'induisent aucune réponse muqueuse locale2,4,5,6.
Comme c’est une maladie zoonotique, il est essentiel de freiner l’excrétion pour limiter la propagation de la bactérie. Les vaccins mucosaux confèrent une meilleure protection contre la maladie clinique que les vaccins administrés par voie parentérale4,5. Seuls les vaccins mucosaux provoquent à la fois la formation des cellules immunitaires et des anticorps requis et l’impression locale et la production des protéines de transport nécessaires pour les faire passer de la circulation aux membranes muqueuses par le tissu respiratoire sain et intact6,7.
Explication
«Pour déclencher une réponse immunitaire au niveau des muqueuses, il faut que l’antigène soit capté et présenté au tissu lymphoïde associé aux muqueuses (MALT). Dans le MALT, l’antigène est apprêté et présenté aux lymphocytes B et T naïfs qui vont proliférer et se différencier en cellules B et T effectrices et mémoires. Les cellules B et T activées sont drainées dans les vaisseaux lymphatiques efférents vers le tissu lymphoïde régional où a lieu l’impression des marqueurs favorisant l’écotaxie de retour vers les tissus muqueux [ce que ne font pas les vaccins injectables]. Ces marqueurs permettent aux cellules effectrices et mémoires de retourner par la circulation sanguine vers les sites effecteurs muqueux où elles pourront répondre à la menace initiale. Ce sont les cellules mémoires surtout qui retournent vers les muqueuses, ce qui est extrêmement important pour procurer rapidement une protection en cas de nouvelle exposition à un agent pathogène.
Les réponses effectrices ciblant les agents pathogènes au niveau des muqueuses incluent l’exclusion immune et l’élimination immunitaire. L’exclusion immune dépend de la production d’IgA sécrétoires spécifiques de l’agent pathogène, car les IgA sécrétoires empêchent les agents pathogènes de se fixer et de traverser la barrière muqueuse épithéliale.
D’autres classes d’anticorps, en particulier les IgG, sont présentes dans le sérum et agissent après le début de l’infection selon un processus appelé élimination immunitaire. Cependant, l’invasion par l’agent pathogène, les lésions et l’activation des voies de l’inflammation doivent permettre une perméabilité vasculaire accrue pour que les anticorps de type IgG puissent sortir des vaisseaux et atteindre leur cible dans les tissus muqueux6».
«La vaccination par voie muqueuse cloisonne les réponses immunitaires spécifiques de l’agent pathogène dans le site d’exposition et peut aussi déclencher des réponses immunitaires générales. De plus, les cellules mémoires migrent vers le tissu muqueux où elles vont demeurer afin de déclencher des réponses secondaires rapides contre l’agent pathogène. Résultat: les stratégies de primovaccination et de rappel peuvent être mises en œuvre de façon efficace au moyen de vaccins mucosaux6,7,8 ».
Maladie zoonotique
Selon le livre de Greene intitulé Infectious Diseases of the Dog and Cat1:
«Bordetella bronchiseptica est une cause peu fréquente de maladie respiratoire chez l’humain, mais elle a été isolée chez des personnes ne présentant pas de signes cliniques et chez des personnes atteintes d'une maladie respiratoire légère à grave, y compris la pneumonie. La plupart des personnes touchées, mais pas toutes, présentent des conditions immunosuppressives sous-jacentes qui les prédisposent à l'infection. Une péritonite à Bordetella bronchiseptica a été signalée chez des patients humains recevant une dialyse péritonéale continue. Des cas de bactériémie et de méningite ont également été signalés.
Une exposition récente à des chats et à des chiens présentant des signes de «toux de chenil» a été constatée dans la plupart des cas humains, mais pas dans tous les cas, et la transmission par voie aérienne entre humains peut se produire en milieu hospitalier.
Les infections par B. bronchiseptica peuvent être sous-estimées chez les personnes, car le test direct d'anticorps fluorescents utilisé pour le diagnostic de la coqueluche peut ne pas faire la distinction entre B. pertussis et B. bronchiseptica. Sur le plan clinique, il est important de reconnaître les infections à B. bronchiseptica chez l’humain, car B. bronchiseptica est résistante aux macrolides, qui sont les agents de première intention contre la coqueluche.»
En outre, en 2000, la Société canadienne de pédiatrie indiquait, dans un article de synthèse intitulé Healthy Pets, Healthy People: How to avoid the diseases that pets spread to people que B. bronchiseptica représente une menace pour l’humain. Cet article dit ceci:
«La meilleure prévention [contre la transmission de B. bronchiseptica aux humains] est de vacciner les chiens et de les empêcher de fréquenter les endroits où plusieurs chiens sont regroupés dans un espace restreint9».
Les infections par B. bronchiseptica chez l’humain peuvent causer de la toux et des symptômes semblables à ceux d’un rhume, ainsi qu’une pneumonie et une trachéobronchite10,11. Comme il est difficile de déterminer l’état de santé de toutes les personnes avec qui les chiens peuvent entrer en contact, il semble prudent de recommander la vaccination systématique de la majorité des chiens contre B. bronchiseptica.
B. bronchiseptica provoque également des maladies graves chez les lapins11, les cobayes11, les chats1 et les chevaux12.
Limiter l’excrétion de B. bronchiseptica par les chiens infectés peut aussi être un élément important de la maîtrise de la propagation de la bactérie aux humains et aux autres animaux. Les vaccins mucosaux confèrent une meilleure protection contre la maladie clinique que les vaccins administrés par voie parentérale et pourraient aussi limiter l’excrétion de B. bronchiseptica4,5.
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RÉFÉRENCES
1. Greene CE. Infectious Diseases of the Dog and Cat. 5e éd. Saunders Elsevier; 2022.
2. Hurley K. Canine Infectious Respiratory Disease Update (SIS6), Western Veterinary Conference. 2008. (accessible sur : www.sheltermedicine.com).
3. Lignes directrices 2022 de l’AAHA concernant la vaccination des chiens. https://www.aaha.org/aaha-guidelines/2022-aaha-canine vaccination-guidelines/home/home
4. Davis R et al. Comparison of the mucosal immune response in dogs vaccinated with either an intranasal avirulent live culture or subcutaneous antigen extract vaccine of Bordetella bronchiseptica. Vet Ther. 2007;8(1):32-40.
5. Larson LJ et al. A Comparative Study of Protective Immunity Provided by Oral, Intranasal and Parenteral Canine Bordetella bronchiseptica Vaccines. Intern J Appl Res Vet Med. 2013;11(3):153-160.
6. Reinero C. The critical role of mucosal immunity for protection against Bordetella bronchiseptica: Rationale for intranasal and oral vaccines. Clin Brief.
7. Tizard I.R. Veterinary Immunology and Introduction. 6e éd. W.B Saunders Company.
8. Ellis JA et al. Comparative efficacy of intranasal and injectable vaccine in stimulating Bordetella bronchiseptica-reactive anamnestic antibody responses in household dogs. CVJ. 2017;58:809-815. 2015.
9. Canadian Pediatric Society, Pediatric Child Health. 2000;5(2):119-124.
10. Woofrey BF et al. Human Infections Associated with Bordetella bronchiseptica. Clin Micro Rev. 1991;4(3):243-2552014.
11. Cooper JE et al. BSAVA Manual of Exotic Pets.
12. Christy RM et al. A case control study of respiratory disease in Thoroughbred Race horses in Australia. Equine Vet J. 2001;33:256-264.
